PAUL VERLAINE PLAYDOYER POUR LES POÈTES MAUDITS

PREMIER POETE MAUDIT

Le tout premier poète maudit est un certain Thomas Chatterton (1752-1770). Il a le toupet d’attribuer ses propres œuvres à un moine du nom de « Rowley ». On l’accuse alors à tort d’être un faussaire. Ses dates fatidiques sont horriblement rapprochées : il meurt à 17 ans. Plutôt que de crever de faim comme un gueux, il se suicide avec panache à l’arsenic. Il devient alors le symbole du poète génial, incompris voire méprisé par son époque. Son destin a été repris par Alfred de Vigny dans Chatterton, sa pièce de théâtre (1834). De même, ce personnage de Chatterton est mis en scène dans le roman Stello du même Vigny. À noter que le groupe français Feu ! Chatterton (que nous adorons à deux genoux…) a pris ce patronyme comme nom. C’est une manière pour eux de souligner les aspects romantiques pleinement assumés de leurs chansons. Le point d’exclamation après le mot « feu » ravigote un cadavre par ailleurs exquis, si ce n’est « incandescent » comme aime à le clamer le chanteur Arthur Teboul au début de chaque concert.

ROMANTISME

L’image du poète maudit ne remonte non pas seulement à Verlaine. Elle prend source dans une vision romantique de la création et de la vie. Autrement dit, elle traverse tout le XIXe siècle. Un peu de démence, pas mal de fièvre, et beaucoup de tragédie est un minimum pour tout individu qui se prétend poète. Chez les Romantiques, le poème véritable ne peut naître que du malheur. La douleur est souvent vue comme la première source du talent. Ecrire, pour certains poètes et certaines poétesses, est alors une manière légitime d’en venir aux mains avec la vie. Ecrire pour contrer les vexations. Publier ses hontes pour les dégommer. La vie réellement vécue patauge dans la nasse d’un enfer, entre déveine et rejet de la société, tandis que l’art du poème hisse celui ou celle qui s’y adonne vers des pics de spiritualité. En sorte que tout poète a quelque chose d’un ange déchu… De là à le voir tel un petit Lucifer, il n’y a qu’un pas.

LA BONNE FORTUNE D’UNE EXPRESSION DEVENUE LIEU COMMUN : LES POÈTES MAUDITS

Le succès de cette expression « poètes maudits » est tel qu’elle est devenue un lieu commun. Cette bonne fortune vient d’un petit livre de Paul Verlaine : Les Poètes Maudits. C’est avec cet opuscule (3 articles réunis à propos de Rimbaud, Stéphane Mallarmé, et Tristan Corbière) que Verlaine connut, en 1884, son tout premier « succès ». Enfin un éditeur (Léon Vanier) a désiré le publier, lui, Verlaine, auto-publié jusqu’alors… En 1888, Verlaine ajoute au premier trio de poètes, trois autres, à savoir Villiers de l’IsleAdam, Marceline Desbordes-Valmore, et un mystérieux Pauvre Lélian qui n’est que l’anagramme de Paul Verlaine. Dans le sillage de ce superbe livre, l’expression « poète maudit » va désigner tous les apprentis verlainiens, et ensuite à peu près quiconque se mêle de poésie, tout en exécrant la société et ses valeurs. Le poète maudit provoque, fait scandale comme il respire. Il s’autodétruit sans comprendre un traître mot à sa propre attitude. Très vite, il devient dangereux pour lui-même et pour les autres. Sauf exception, il s’adonne aux drogues les plus délétères et s’alcoolise à qui mieux mieux. Ce poivrot céleste est d’abord maudit par lui-même. C’est ce que pense déjà Verlaine en 1884.

En général, le poète maudit meurt noblement, dans l’anonymat le plus crasse, quelques années avant que son génie ne soit reconnu dans le monde entier. Ainsi Les Poètes Maudits de Paul Verlaine est un livre culte, à relire, ou à découvrir. Or pendant des années, ce titre figurait parmi les fameux « introuvables » de la littérature française. Aucun livre de poche, ni d’édition en gros format, ne le proposaient. Ce livre, Les Poètes Maudits, est désormais disponible aux éditions Le Chat Rouge. Il constitue d’ailleurs un succès qui ne se dément pas. C’est un bel ouvrage préfacé par Gérald Duchemin, l’auteur de Carmélia et des Contes de la chouette aveugle. En plus des articles de Verlaine consacrés aux fameux poètes maudits, le Chat Rouge a cru bon d’y joindre d’autres articles de Verlaine consacrés à Raoul Ponchon, Léon Vanier, Charles Baudelaire, etc., sans oublier de très belles pages de Verlaine sur la rime… Dans cette édition, sont joints en début de chaque portrait de poète, les illustrations de l’édition d’origine. A propos de cette édition des Poètes Maudits, veuillez retrouvez sur RFI, en podcast, Gérald Duchemin et Hubert-Félix Thiéfaine. C’était en 2015. Le chanteur était venu présenter son nouvel album Stratégie de l’inespoir, et Gérald Duchemin Les Poètes Maudits de Verlaine dont il avait signé la préface, intitulée Par la logique d’une influence maligne… L’émission Vous m’en direz des nouvelles est toujours dirigée et présentée par Jean-François Cadet.

LES POÊTES MAUDITS

20,00 TTC

Paul Verlaine

 

Paul Verlaine (1844-1896), dans ce livre étendard, rend hommage à ses frères et sœurs d’infortune.

Description

« Ils ont beau écrire les plus vivants poèmes, un destin mal bâti les étrangle. Le bonheur et la joie rouillent à leur contact. Ils puent l’insuccès, parfois la famine. Ils empestent le mépris, et les dos tournés, la misère et son horrible Vallée. Des fées, certes, se sont penchées sur leur berceau. Oui, mais des fées trisomiques, tumorales, ou en pleine crise éthylique. »

Paul Verlaine (1844-1896), dans ce livre étendard, rend hommage à ses frères et sœurs d’infortune : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de l’Isle-Adam, ainsi qu’un certain Pauvre Lélian, qui n’est autre que l’anagramme de Paul Verlaine.

Un livre culte, à relire, ou à découvrir.

Préface, Par la logique d’une influence maligne, par Gérald Duchemin.

Collection Vert-de-gris

Essai

Format  12×16 cm

228 pages

Papier Bouffant  90 g

Sous belle jaquette couleur, Canson, Mi-Teinte,  Saumon, 160g, à forte teneur en coton.

ISBN 978-2-916202-18-1

Imprimé en FRANCE

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